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14 avril 2008 à 13:31

Emeutes de la faim en Haïti, la semaine dernière. Emeutes de la faim en Haïti, la semaine dernière.   [Reuters]

La spéculation financière accusée

La multiplication d'émeutes de famine, la semaine dernière, dans de nombreux pays africains et en Haïti, attire l'attention sur la hausse des prix des denrées alimentaires. La spéculation financière est montrée du doigt.


Selon le FMI, les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 40 % depuis un an. Jusqu'ici, le trading de céréales servait principalement à prémunir les agriculteurs et les acheteurs contre de trop grandes variations de prix, entre le moment de la commande et celui de la récolte. Mais l'intérêt récent des fonds d'investissement pour les céréales a contribué à la situation de crise alimentaire que traverse le monde aujourd'hui.

Le développement des biocarburants, considérés par de nombreux pays comme un moyen de réduire leur dépendance au pétrole, a radicalement changé la donne. Des milliers d'hectares de maïs, de blé, de soja et de sucre ont ainsi été détournés... à des fins plus rentables.

De juteux bénéfices pour les courtiers

Parallèlement, les paysans chinois ont massivement quitté leurs terres, attirés par les villes et transformant la Chine, longtemps exportatrice de céréales, en un pays importateur. Si l'on ajoute à cela les problèmes de désertification, toujours plus criants dans le monde, et la consommation de viande qui ne cesse d'augmenter, on obtient le cocktail d'une pénurie alimentaire, mais aussi la perspective de juteux bénéfices pour les traders.

Depuis 2007, les courtiers ont investi des milliards dans les céréales et les produits tropicaux. Ce nouveau dada participe de manière significative à la hausse des prix, qui provoque aujourd'hui de nombreuses émeutes de la faim dans les pays en développement : selon la Banque Mondiale, l'alimentation représente jusqu'à 70 % des salaires dans ces pays.

Les « hedge fund » favorisent la famine

Pour Jean Ziegler, rapporteur de l'ONU pour l'alimentation, il ne fait pas de doute que les « hedge funds » pèsent dans la flambée de famine qui sévit actuellement. Il dénonce notamment le rôle de la bourse des matières premières de Chicago, dont les règles spéculatives sont, selon lui, trop permissives. Jean Ziegler montre également du doigt le Fond Monétaire International qui ne soulage pas la dette des pays pauvres. Face à ces multiples causes, l'ONU a-t-elle les moyens de régler la crise alimentaire mondiale ?


Jean-Ziegler est l'auteur du livre "l'Empire de la Honte" (disponible en poche).